Cent nouvelles de la plage ne propose aucune évasion. Au contraire, ce recueil est un inventaire, une immersion brute dans le seul lieu où l'humanité accepte de se mettre à nu tout en conservant ses plus encombrants apparats.
Sur cette frange de littoral, j'exerce une anthropologie sauvage.
Le dispositif est simple : un carnet, une chaise longue, et ce présent de l’observation qui ne laisse rien échapper. La plage est un théâtre d'opérations où les hiérarchies sociales ne disparaissent pas ; elles se déplacent. Je traque la sédimentation des ego entre deux coups de vent, l’absurdité des rituels de conquête du territoire — ces quelques mètres carrés de serviette âprement défendus — et la mélancolie silencieuse qui s’installe quand l’horizon sature.
Mes textes sont des coupes géologiques de l’instant.
Ici, sous le règne du plastique et de l’indice 50, les corps racontent ce que les bouches taisent. Je consigne la promiscuité subie, l'érotisme de pacotille, les petites guerres familiales et ces rares instants de grâce où la mer, enfin, impose son silence à la comédie humaine. Ce livre est une exégèse du vacancier, un miroir tendu à cette foule dont je fais partie, malgré ma distance de témoin.
Observer est un sport de combat. Écrire la plage est une manière de ne pas s'y noyer.
