Marginalia de sable...
Le laboratoire d'Eléa
C’est ici que l’on entre par la porte dérobée...
Toute œuvre a son envers, ses brouillons fertiles et ses scories lumineuses.
Le Laboratoire est cet espace de liberté où la plume s’autorise l’esquisse.
Si les Cent nouvelles de la plage sont des cristaux achevés, les textes que vous lirez ici sont la solution mère : une pensée en ébullition, des notes prises au scalpel entre deux coups de vent, des digressions nées d’un détail qui, ailleurs, serait passé inaperçu.
Dans ce laboratoire à ciel ouvert, je ne cherche pas la chute parfaite. Je m'attache à la matière brute, à l'improvisation de l'instant.
Ce sont des réflexions spontanées dictées par l'humeur du jour, des arrêts sur image sur nos comportements les plus étranges, ou de simples échos qui gravitent autour du recueil pour en éclairer les zones d'ombre.
Laissez-vous porter par ces échos du rivage, ces réflexions qui, je l'espère, feront vibrer en vous une corde sensible ou une pointe d'ironie complice.
La flânerie commence ici, entre les lignes de ce carnet toujours ouvert, où le sable n'a pas encore fini de crisser...
Le silence est un luxe que la raquette assassine méthodiquement.
Tock. Tock. Tock.
C’est le métronome de la vacuité balnéaire, un staccato de bois et de caoutchouc qui s’insinue sous les chapeaux de paille et lacère les siestes les plus studieuses. On ne joue pas pour gagner, on ne joue pas pour le beau geste ; on s’obstine simplement dans une répétition absurde, une boucle de rétroaction sans fin où le seul enjeu est d’empêcher le silence de reprendre ses droits sur l'horizon.
Regardez-les, ces duettistes de l’agacement. Ils se font face, les pieds ancrés dans le sable mouillé, le regard vide et le geste machinal. Ils ne se parlent pas ; ils s'envoient une balle jaune avec la régularité d’une horloge comtoise en plein délire. C’est un dialogue de sourds où l’on s’expédie, à chaque frappe, une micro-agression sonore destinée à tout le voisinage.
Le mépris réside dans l’exiguïté de leur monde. Pour ces sportifs de l’éphémère, l’univers s’arrête à la trajectoire parabolique d’une sphère de caoutchouc. Peu importe que ladite balle vienne mourir sur le ventre d’un baigneur assoupi ou qu’elle sème le chaos dans un château de sable voisin. On s’excuse d’un geste de la main, distrait et vaguement hautain, avant de reprendre la litanie.
Ils s'imaginent entretenir leur cardio ; ils ne font que scander la défaite de la tranquillité publique sur l'autel de leur propre ennui.
Quand la balle finit par tomber — car la pesanteur finit toujours par gagner — le silence qui suit est si assourdissant qu’il en devient presque douloureux. On retient son souffle, espérant que la lassitude l'emportera enfin sur l'obstination. Espoir déçu : on ramasse l'objet, on s'essuie le front avec un revers de main moite, et le supplice recommence.

