Le laboratoire d'Eléa

Marginalia de sable...

Le laboratoire d'Eléa


Cent instantanés. Cent prélèvements de sable et d'humanité.

Dans mon recueil Cent nouvelles de la plage, les vacances balnéaires cessent d'être un lieu de repos pour devenir un laboratoire à ciel ouvert.

Sous mon regard qui peut être comique, piquant, voire urticant... le littoral se transforme en une scène où se jouent nos rituels les plus dérisoires et nos vanités les plus nues. Ici, on ne cherche pas l’évasion, mais la vérité des corps et des âmes sous la lumière crue de juillet.

Entre l’absurdité d’un château de sable condamné par la marée et la mélancolie d'un parasol solitaire, ces textes dissèquent, avec une précision d'orfèvre et une ironie souvent mordante, la comédie sociale des vacances.

C’est un voyage immobile au cœur de nos ridicules, une satire élégante où le sel pique autant que le trait d'esprit.

Un livre pour ceux qui préfèrent observer le monde plutôt que de s'y noyer...

Le Purgatoire de la douche froide

Le Purgatoire de la douche froide

C’est l’heure où l’été finit par se dissoudre dans un crachat d’eau tiède et de calcaire.

Le soleil décline, les ombres s'allongent et, avec elles, la file d'attente s'étire devant ce pylône de béton que l'on nomme pompeusement « douche municipale ». C’est ici, dans ce purgatoire de carrelage et de tuyauterie apparente, que la comédie sociale finit par s'effondrer tout à fait. On y abandonne ses derniers restes de superbe en même temps que la panure de sable qui recouvrait les mollets.

L’égalité se mesure ici au débit d’un pommeau anémique.

On y croise des corps que l'on avait crus sublimes sur leurs transats, désormais grelottants, les épaules rentrées, luttant contre un jet capricieux qui semble vouloir punir l'outrecuidance d'avoir trop goûté au sel. L’élégance, cette construction patiente de la matinée — alliance savante du paréo et du chapeau de paille — s'évapore sous l’assaut du savon biodégradable. Les masques de la superbe s'écaillent ; la réalité organique reprend ses droits.

***

C’est une promiscuité de naufragés volontaires. On évite soigneusement de croiser le regard du voisin, tout en s'exposant avec une impudeur subie, dictée par la logistique du rinçage. On surveille du coin de l’œil le temps que chacun s'accorde sous l'eau salvatrice, jugeant la gourmandise du temps de douche comme un crime de lèse-civilité. C'est le lieu de la vérité crue : on y voit les stigmates du temps, les marques du maillot qui révèlent la tricherie des bronzages partiels, et ces petits ventres que l'on avait si vaillamment rentrés tout l'après-midi.

On entre dans ce jet en Ondine ou en Neptune ; on en ressort en simple mortel, la peau rosie, le cheveu plat et la dignité délavée.

C’est le dernier acte de la journée balnéaire, une liquescence nécessaire avant de retrouver les atours de la civilisation. On abandonne au pied de la colonne les restes de son rêve de grandeur, tandis que l'eau emporte, pêle-mêle, les cristaux de sel et nos dernières vanités.

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