Sable à gratter
dimanche 15 août, 15.40, humeur verte
Ce n’est pas seulement que ça gratte, que ça pique, que ça s’infiltre ou que ça colonise : c’est que ça colle ! Il y en a partout.
Sous les chaussures, sous les ongles, entre les orteils, dans la culotte, plein la bouche…
Le sable épuise toutes les prépositions. Toute la grammaire devient urticante : à, après, avant, avec, chez, contre, dans, de, derrière, devant, entre… La liste est intarissable. Pour chaque occurrence, une situation vécue. Pour toutes les prépositions de la langue française, un seul jour de plage ! Chaque matin, l’invasion recommence.
On finit par rêver d’un lac, d’eau douce, de gazon. Et c’est alors le moment de partir. Mais dès le retour, au fond d’une chaussure, un grain égaré excite la magie du souvenir. Les agacements se défont, libérant un « reviens-y » irrésistible.
On se remémore la balade du soir entre les pins, la brise marine, la torpeur du café rituel à l’ombre des palmiers. L’odeur de la plage, tour à tour iodée, alguée, crémée, glacée. Les promenades pieds nus, le matin, main dans la main. La sieste de midi, saline et conquise. Les lectures enflammées, l’absorption infinie…
Lui à nos côtés, encore. Et ce sable du souvenir finit par être précieusement récolté. On n’en perdrait rien. Une petite fiole, déposée près d’une moisson de coquillages.
Douce tempête intérieure de la nostalgie. Cela ne durera que le temps d’un sablier, peut-être… jusqu’à ce que l’éternité nous glisse entre les doigts. Ce sera alors le moment d’y retourner.
L’année prochaine. Peut-être.
Qu’en dit-il ? Lui demander…
Sa réponse ?
Grain de folie…
